La facturation électronique obligatoire capte toute l'attention. Mais elle ne couvre qu'une partie des flux : les transactions B2B domestiques. Tout le reste — ventes aux particuliers, exports, prestations internationales — passe par un second mécanisme moins médiatisé : l'e-reporting. Et pourtant, pour un auto-entrepreneur qui vend à des particuliers ou qui travaille avec des clients étrangers, c'est l'e-reporting qui représente l'essentiel de ses obligations déclaratives. Ce guide vous explique concrètement ce que vous devez transmettre, quand, comment, et ce qui vous attend si vous ne le faites pas.

Préparez-vous sans stress

Dokta gère l'e-reporting automatiquement : chaque facture émise génère les données conformes et les transmet à la DGFiP via votre Plateforme Agréée. Découvrir les fonctionnalités →

1. E-reporting vs e-invoicing : ne pas confondre les deux volets

La réforme de la facturation électronique comporte deux volets distincts. Les confondre est la première erreur que commettent la plupart des micro-entrepreneurs.

L'e-invoicing (facturation électronique) concerne l'émission et la réception de factures au format électronique structuré (Factur-X, UBL, CII) entre entreprises assujetties à la TVA en France. Concrètement, si vous facturez un autre professionnel français, votre facture doit transiter par une Plateforme Agréée.

L'e-reporting concerne toutes les transactions qui échappent à l'e-invoicing : quand vous vendez à un particulier (pas de facture électronique B2B), quand vous facturez un client étranger (hors périmètre français), ou quand vous encaissez un paiement. Vous devez transmettre les données de ces opérations à l'administration fiscale, via votre Plateforme Agréée.

Comparatif : e-invoicing vs e-reporting

Critère E-invoicing E-reporting
Quoi Factures B2B France Transactions B2C, international, encaissements
Format Factur-X, UBL, CII Données structurées (pas de facture complète)
Destinataire Client + DGFiP (via PA) DGFiP uniquement (via PA)
Réception micro-entreprise 1er sept. 2026
Émission micro-entreprise 1er sept. 2027 1er sept. 2027
Sanction par défaut 15 € par facture non conforme 250 € par transmission manquante
Plafond annuel 75 000 € (pers. physique) 15 000 € par an

Sources : article 290 B du CGI, décret n° 2024-266, economie.gouv.fr. Dates confirmées par la DGFiP au 1er trimestre 2026.

Le point clé à retenir : si vous êtes un auto-entrepreneur qui vend principalement à des particuliers (coach, formateur, artisan, commerçant en ligne), l'e-reporting sera votre obligation principale. L'e-invoicing ne vous concerne que pour vos éventuels clients professionnels français.

2. Quelles transactions sont concernées par l'e-reporting ?

L'e-reporting couvre trois catégories de transactions. Voici le détail avec des exemples concrets pour chaque situation que peut rencontrer un micro-entrepreneur.

Catégorie 1 : Ventes B2C (particuliers)

Toute vente à un particulier en France est concernée. Que vous soyez graphiste freelance qui facture un particulier pour un logo, formateur qui vend une formation en ligne, ou artisan qui réalise des travaux chez un client, vous devez déclarer ces transactions. Cela inclut les ventes en ligne, les prestations de service et les ventes en boutique (via le système de caisse).

Catégorie 2 : Opérations internationales

Les factures émises à destination de clients étrangers (professionnels ou particuliers hors de France) ne passent pas par l'e-invoicing français. Elles doivent être déclarées via l'e-reporting. C'est le cas si vous facturez un client en Belgique, en Allemagne, aux États-Unis ou partout ailleurs hors de France.

Catégorie 3 : Données d'encaissement

C'est le volet le moins connu. Pour les prestations de services soumises à la TVA sur les encaissements, vous devez aussi transmettre les données de paiement : date d'encaissement, montant encaissé et mode de règlement. Pour les auto-entrepreneurs en franchise de TVA (article 293 B du CGI), cette obligation s'appliquera de manière simplifiée — les modalités précises sont attendues dans un décret complémentaire.

3. Quelles données faut-il transmettre exactement ?

Contrairement à l'e-invoicing qui transmet la facture complète au format structuré, l'e-reporting transmet des données agrégées ou détaillées. Deux modes de transmission existent.

Mode 1 : Transmission détaillée (transaction par transaction)

Chaque transaction est déclarée individuellement. C'est le mode le plus courant pour les auto-entrepreneurs qui émettent un nombre limité de factures. Vous transmettez pour chaque opération :

Données à transmettre — mode détaillé

Données de transaction :
✓ Numéro SIREN de l'émetteur
✓ Date de l'opération
✓ Montant hors taxe
✓ Montant de la TVA (ou mention de franchise en base)
✓ Taux de TVA applicable
✓ Nature de l'opération (vente de bien, prestation de service)
✓ Pays du client (pour les opérations internationales)

Données d'encaissement (prestations de services) :
✓ Date d'encaissement
✓ Montant encaissé
✓ Identifiant de la facture concernée

Mode 2 : Transmission agrégée (récapitulatif périodique)

Vous transmettez un récapitulatif périodique qui synthétise l'ensemble de vos transactions. Ce mode est principalement prévu pour les entreprises avec un fort volume de transactions B2C (commerces, restauration) qui utilisent un système de caisse enregistreuse.

Pour la plupart des auto-entrepreneurs, le mode détaillé sera le plus simple — et c'est celui qu'utilisera automatiquement votre logiciel de facturation s'il est connecté à une Plateforme Agréée.

4. Calendrier : quand commencer à déclarer ?

Le calendrier de l'e-reporting suit celui de la facturation électronique, avec une nuance importante selon la taille de l'entreprise.

Calendrier e-reporting par taille d'entreprise

Catégorie Réception e-factures Émission e-factures E-reporting
Grandes entreprises + ETI 1er sept. 2026 1er sept. 2026 1er sept. 2026
PME, TPE, micro-entreprises ✦ 1er sept. 2026 1er sept. 2027 1er sept. 2027

Source : impots.gouv.fr, calendrier confirmé par la DGFiP. Les micro-entreprises disposent d'un délai supplémentaire d'un an par rapport aux grandes entreprises.

Un point important : même si l'obligation d'e-reporting pour les micro-entreprises démarre en septembre 2027, vous devez pouvoir recevoir des factures électroniques dès septembre 2026. Cela signifie que vous devez de toute façon choisir une Plateforme Agréée et vous y inscrire avant cette date. Anticipez l'e-reporting par la même occasion.

Fréquence de transmission

Les données d'e-reporting doivent être transmises à une fréquence régulière, qui dépend de votre régime de TVA :

Régime réel mensuel : transmission mensuelle (au plus tard le 10 du mois suivant).

Régime réel trimestriel : transmission trimestrielle.

Franchise en base de TVA (cas de la plupart des auto-entrepreneurs) : transmission au minimum bimestrielle (tous les deux mois). La DGFiP a confirmé que les micro-entrepreneurs en franchise de TVA bénéficieront d'un calendrier allégé.

5. Micro-entrepreneur en franchise de TVA : êtes-vous vraiment concerné ?

Oui. C'est l'une des confusions les plus répandues. Beaucoup d'auto-entrepreneurs pensent que l'absence de TVA les exempte de la réforme. C'est faux.

L'article 293 B du CGI vous dispense de facturer et collecter la TVA. Mais vous restez assujetti à la TVA au sens large. Cette distinction juridique signifie que toutes les obligations de facturation électronique et d'e-reporting s'appliquent à vous, y compris si vos factures portent la mention "TVA non applicable, article 293 B du CGI".

Concrètement, si vous êtes coiffeur à domicile, graphiste freelance ou consultant en micro-entreprise et que vous vendez à des particuliers, vous devrez transmettre les données de vos ventes B2C via l'e-reporting à partir de septembre 2027. Si certains de vos clients sont des entreprises françaises, vous devrez leur envoyer des factures électroniques via votre Plateforme Agréée à la même date.

Pour en savoir plus sur la franchise de TVA et ses implications, consultez notre guide TVA auto-entrepreneur.

6. Comment se mettre en conformité : la checklist pratique

Voici les étapes concrètes pour préparer l'e-reporting de votre micro-entreprise. Même si l'obligation démarre en septembre 2027, chaque étape prend du temps — n'attendez pas la dernière minute.

Checklist e-reporting — micro-entrepreneur (9 étapes)

Avant septembre 2026 :
Étape 1 — Identifier vos flux : listez vos types de clients (B2B France, B2C, international) pour savoir quels flux relèvent de l'e-invoicing et lesquels de l'e-reporting
Étape 2 — Choisir une Plateforme Agréée (ex-PDP) dans la liste officielle des 101 plateformes agréées
Étape 3 — S'inscrire sur la PA et enregistrer votre SIREN dans l'annuaire PPF (obligatoire pour recevoir les e-factures)
Étape 4 — Vérifier que votre logiciel de facturation est compatible avec votre PA (connecteur API ou intégration native)

Avant septembre 2027 :
Étape 5 — Configurer l'e-reporting dans votre logiciel : activer la transmission automatique des données B2C et internationales
Étape 6 — Catégoriser vos transactions (B2B France / B2C / Export) pour que le bon flux soit appliqué à chaque facture
Étape 7 — Tester une transmission à blanc si votre PA le propose (la plupart offrent un environnement de test)
Étape 8 — Mettre à jour vos CGV et vos mentions légales pour refléter le traitement des données de facturation électronique
Étape 9 — Archiver vos preuves de transmission (chaque envoi d'e-reporting doit être conservé 10 ans, article L123-22 du Code de commerce)

Cette checklist peut sembler longue, mais la majorité des étapes se résument à un choix simple : utilisez un logiciel de facturation moderne qui gère l'e-reporting pour vous. Si votre logiciel est connecté à une Plateforme Agréée, les étapes 5 à 9 sont automatisées. C'est exactement ce que propose le générateur de facture Dokta : chaque facture émise déclenche automatiquement l'e-invoicing ou l'e-reporting selon le type de client.

7. Les sanctions en cas de non-conformité

Le régime de sanctions de l'e-reporting est distinct de celui de la facturation électronique. Il est prévu par l'article 1737 II du CGI, modifié par la loi de finances 2024.

Grille des sanctions e-reporting

Manquement Sanction Plafond
Non-transmission des données de transaction 250 € par transmission manquante 15 000 € / an
Transmission de données erronées ou incomplètes 250 € par transmission 15 000 € / an
Récidive dans les 6 ans 500 € par transmission 30 000 € / an
Non-utilisation de Plateforme Agréée 15 € par facture non conforme 75 000 € (pers. physique)

Sources : article 1737 II du CGI (modifié LFI 2024), impots.gouv.fr. Sanctions applicables après la date d'entrée en vigueur de l'obligation.

Pour un auto-entrepreneur qui émet 10 factures par mois à des particuliers, le risque en cas de non-conformité atteint rapidement plusieurs milliers d'euros par an. Le plafond de 15 000 € est un maximum par année civile — mais même les 250 € par oubli sont douloureux pour un micro-entrepreneur dont le CA moyen est de 15 000 à 20 000 € par an.

8. Cas pratiques : 3 profils de micro-entrepreneurs

Pour illustrer concrètement l'impact de l'e-reporting, voici trois profils types.

Profil 1 : Sophie, graphiste freelance (100 % B2B France)

Sophie facture exclusivement des entreprises françaises. Toutes ses factures passent par l'e-invoicing. Elle n'a aucune obligation d'e-reporting sur ses ventes (sauf les données d'encaissement pour les prestations de services). Son logiciel de facturation, connecté à une PA, gère tout automatiquement.

Profil 2 : Karim, formateur en ligne (80 % B2C, 20 % B2B)

Karim vend des formations à des particuliers via son site web, et donne aussi des formations en entreprise. Ses ventes B2C (80 % de son activité) relèvent de l'e-reporting. Ses factures B2B passent par l'e-invoicing. Il doit catégoriser ses clients dans son logiciel pour que le bon flux s'applique automatiquement. C'est le profil le plus impacté par l'e-reporting.

Profil 3 : Marie, consultante avec des clients européens (50 % France, 50 % international)

Marie facture des entreprises en France (e-invoicing) et des clients en Belgique et en Suisse (e-reporting, car hors périmètre e-invoicing français). Elle doit s'assurer que son logiciel distingue les clients par pays et applique le bon régime. Pour ses clients étrangers, les données de facturation sont transmises à la DGFiP via l'e-reporting, mais la facture elle-même est envoyée normalement au client.

9. Les erreurs à anticiper dès maintenant

Erreur 1 — Croire que la franchise de TVA vous exempte
Comme expliqué en section 5, la franchise de TVA ne vous dispense pas de l'e-reporting. C'est l'erreur la plus répandue chez les micro-entrepreneurs.

Erreur 2 — Attendre septembre 2027 pour s'équiper
Vous devez recevoir les e-factures dès septembre 2026. Choisissez votre Plateforme Agréée maintenant et profitez de la période de rodage pour maîtriser l'outil avant que l'e-reporting ne devienne obligatoire.

Erreur 3 — Ne pas catégoriser ses clients
Si votre logiciel ne sait pas distinguer un client B2B France d'un particulier ou d'un client étranger, il ne pourra pas appliquer le bon flux (e-invoicing vs e-reporting). Prenez le temps de compléter votre base clients avant les échéances.

Erreur 4 — Oublier les données d'encaissement
L'e-reporting ne se limite pas aux factures émises. Si vous facturez des prestations de services, vous devez aussi transmettre les données de paiement. Votre logiciel doit pouvoir suivre les encaissements et générer les transmissions correspondantes.

Pour comprendre le rôle des différentes plateformes dans ce processus, consultez notre article sur les plateformes PDP, PPF et OD. Et si vous voulez tout savoir sur la facturation électronique en général, notre guide facturation électronique 2026 couvre le sujet en détail.

10. FAQ — Questions fréquentes

Un auto-entrepreneur qui ne facture que des particuliers est-il concerné par l'e-invoicing ?
Non. Si tous vos clients sont des particuliers, vous n'émettez aucune facture B2B et l'e-invoicing ne s'applique pas à vos ventes. En revanche, vous êtes pleinement concerné par l'e-reporting pour vos ventes B2C. Et vous devez pouvoir recevoir des e-factures de vos fournisseurs B2B dès septembre 2026.

E-reporting et déclaration URSSAF, c'est la même chose ?
Non. L'e-reporting transmet vos données de facturation à la DGFiP (impôts). Votre déclaration de chiffre d'affaires URSSAF reste une obligation distincte, avec son propre calendrier (mensuel ou trimestriel). Les deux déclarations coexistent — elles ne se remplacent pas.

Combien coûte l'e-reporting pour un micro-entrepreneur ?
En soi, la transmission des données ne coûte rien — c'est votre Plateforme Agréée qui gère la transmission à la DGFiP. Le coût dépend de l'abonnement à votre PA. Beaucoup proposent des plans gratuits ou à moins de 10 €/mois pour les auto-entrepreneurs. Dokta offre 15 factures par mois gratuitement, avec l'e-reporting inclus.

Puis-je faire l'e-reporting moi-même, sans logiciel ?
Non. La transmission doit obligatoirement passer par une Plateforme Agréée. Il n'existe pas de portail de saisie manuelle de l'administration pour l'e-reporting (contrairement à Chorus Pro pour le secteur public). L'utilisation d'un logiciel connecté à une PA est incontournable.

Que se passe-t-il si je fais une erreur dans ma transmission ?
Vous pouvez corriger une transmission erronée en envoyant une nouvelle transmission rectificative via votre PA, dans les délais impartis. L'administration a indiqué qu'une tolérance serait appliquée pendant la première année de mise en œuvre (pas de sanctions automatiques pour les erreurs de bonne foi).