L'intercontrat n'est pas seulement une période sans mission. C'est un décalage entre des dépenses qui continuent et un chiffre d'affaires futur devenu incertain. Le risque est particulièrement visible quand un consultant facture mensuellement à terme échu : la dernière prestation peut être encaissée après le début de la période non facturée.
1. Modéliser quatre dates au lieu d'une
Pour chaque mission, enregistrez séparément la date de travail, la date d'émission de facture, l'échéance contractuelle et la date de paiement probable. Une mission terminée le 30 septembre peut produire un encaissement en novembre. À l'inverse, un acompte peut financer une partie du démarrage.
Cette chronologie évite de confondre chiffre d'affaires, créance client et trésorerie. Elle permet aussi d'identifier le mois où le compte atteint son point bas, souvent plus utile que le résultat annuel.
2. Estimer les jours réellement facturables
Un prévisionnel construit sur tous les jours ouvrés surestime mécaniquement le chiffre d'affaires. Déduisez les congés, jours fériés, formation, administration, rendez-vous commerciaux, maladie non couverte et temps entre deux missions. Ajoutez une hypothèse explicite d'intercontrat au lieu de la cacher dans un pourcentage global.
La formule de base est :
Chiffre d'affaires de mission
TJM × jours effectivement facturables
Puis placez chaque facture au mois de son encaissement probable pour obtenir le prévisionnel de trésorerie.
Utilisez le calculateur de TJM comme point de départ, puis corrigez l'hypothèse avec vos données réelles : nombre de jours facturés sur les douze derniers mois, durée moyenne de prospection et délai moyen d'encaissement.
3. Calculer le runway avant la fin de mission
Le runway représente le nombre de mois pendant lesquels l'entreprise peut absorber ses sorties fixes sans nouvelle recette. Pour ne pas le surestimer, partez de la banque et retranchez TVA, cotisations, impôts, fournisseurs et dépenses déjà décidées. Isolez aussi la rémunération minimale que vous devez maintenir.
Runway d'intercontrat
(Banque − échéances − réserves court terme) ÷ sorties mensuelles fixes
Calculez une version sans aucune facture attendue, puis une version avec les seules créances dont le paiement est raisonnablement certain.
Le résultat ne dit pas combien vous pouvez retirer. Il mesure le temps disponible pour prospecter et négocier avant qu'une décision de réduction de dépenses ou de rémunération devienne nécessaire.
4. Tester trois scénarios utiles
Scénario central : fin de mission prévue
Placez la dernière facture selon le contrat, conservez les dépenses normales et fixez une date réaliste de démarrage de la prochaine mission. Ce scénario sert de référence.
Scénario de retard : dernière facture décalée
Décalez l'encaissement de 30 jours sans modifier les échéances fiscales ou sociales. Vous voyez immédiatement si votre coussin absorbe un incident de paiement.
Scénario dégradé : arrêt anticipé et prospection plus longue
Avancez la fin de mission, ajoutez les semaines de prospection et maintenez seulement les recettes déjà certaines. Ce scénario n'est pas une prévision pessimiste ; c'est un test de résistance pour décider à temps.
5. Déclencher des actions avant le point bas
Associez chaque niveau de runway à des actions précises :
- visibilité confortable : mettre à jour portfolio, références et réseau sans accepter la première mission venue ;
- visibilité réduite : accélérer les prises de contact, geler les dépenses non essentielles et sécuriser les factures en cours ;
- seuil d'alerte : revoir rémunération, calendrier d'achats et options de financement avec les professionnels concernés.
Les seuils doivent être définis avant la crise. Choisir sous pression conduit souvent à sacrifier le TJM, la qualité de la mission ou une réserve qui devait financer une échéance.
6. Ne pas oublier le risque client
Une mission longue n'élimine pas le risque si elle dépend d'un seul donneur d'ordre. Vérifiez le préavis, les conditions de validation du CRA, le processus de facturation et le contact comptable. Une facture contestée pour un bon de commande manquant peut déplacer le cash de plusieurs semaines.
Avant chaque échéance, contrôlez que le CRA est approuvé, que le bon de commande est valide et que la facture contient les mentions demandées. Après l'échéance, suivez une procédure de relance graduée et documentée.
7. Le tableau minimum à maintenir
- mission, TJM, jours prévus et jours validés ;
- facture, échéance et probabilité/date d'encaissement ;
- dépenses fixes, réserves et échéances non mensuelles ;
- trésorerie nette, point bas et runway ;
- date de fin de mission, préavis et pipeline commercial.
Mettez-le à jour chaque semaine dans les trois mois qui précèdent la fin d'une mission. Le but n'est pas de prédire exactement l'avenir, mais de rendre visibles les hypothèses qui peuvent casser.
Questions fréquentes
Combien de jours facturés faut-il prévoir dans l’année ?
Ne partez pas du nombre de jours ouvrés. Retirez congés, jours fériés, prospection, administration, formation et une hypothèse d'intercontrat. Testez au moins un scénario prudent et un scénario dégradé.
Le délai de paiement compte-t-il comme de l’intercontrat ?
Non, mais il augmente le besoin de trésorerie. Vous pouvez être en mission et manquer de liquidités si l'encaissement arrive plusieurs semaines après la prestation.
Faut-il baisser son TJM pour sortir vite d’un intercontrat ?
Pas automatiquement. Comparez le coût d'attente, la durée de mission, les frais, le risque de sous-positionnement et la valeur de l'offre. Une baisse non cadrée peut détériorer durablement votre référence tarifaire.
Références utiles
- DGCCRF — délais de paiement entre professionnels
- Urssaf Mon-entreprise — simulateurs officiels
- Dokta — méthode de calcul de la trésorerie de sécurité
Références vérifiées le 17 août 2026. Les scénarios présentés sont des outils de gestion et non une recommandation financière individualisée.