Une facture de 12 000 euros encaissée donne l'impression d'avoir de la marge. Pourtant, une part peut correspondre à de la TVA, une autre à des charges ou à un impôt futur, tandis que votre prochaine mission n'est pas encore signée. Pour décider d'une rémunération ou d'un achat, le consultant IT doit d'abord transformer le solde en flux affectés.
1. Les quatre étages du solde bancaire
Classez chaque euro présent sur le compte professionnel dans l'un de ces étages :
- fonds encaissés mais dus : TVA collectée nette estimée, cotisations, impôts et prélèvements à venir ;
- dépenses déjà engagées : fournisseurs, logiciels annuels, assurance, comptabilité, matériel commandé ;
- coussin de sécurité : somme réservée aux retards, à l'intercontrat et aux imprévus ;
- montant éventuellement mobilisable : ce qui reste après les trois étages précédents, sous réserve des règles comptables et sociales de votre structure.
Cette lecture évite deux erreurs fréquentes : financer une dépense personnelle avec une taxe à reverser, ou distribuer un excédent juste avant une échéance trimestrielle.
2. La formule simple du coussin
Formule de pilotage
Trésorerie nette pilotable = banque + encaissements certains à très court terme − dettes et réserves à court terme
Runway = trésorerie nette affectée au coussin ÷ sorties mensuelles fixes moyennes
Ne comptez pas une facture simplement émise comme un encaissement certain. Si votre client paie à 45 jours, cette somme ne protège pas l'échéance qui tombe demain. Pour les sorties, utilisez une moyenne sur plusieurs mois et ajoutez les dépenses annuelles ramenées au mois.
Vous pouvez tester trois niveaux : un scénario normal, un paiement client décalé d'un mois, puis une fin de mission suivie de plusieurs semaines sans facturation. Un coussin de trois à six mois est souvent utilisé comme scénario de travail, mais ce n'est ni une règle juridique ni une recommandation universelle.
3. Exemple : distinguer réserve et disponible
Une SASU de conseil affiche 24 000 euros en banque. Le dirigeant recense 4 200 euros de TVA et prélèvements estimés, 3 800 euros de rémunération et charges déjà prévues, 2 000 euros de fournisseurs et 1 000 euros de dépenses annuelles provisionnées. La base restante est donc de 13 000 euros avant coussin.
Si les sorties fixes moyennes sont de 3 250 euros par mois, conserver 9 750 euros permet de tester trois mois sans nouvelle recette. Le montant résiduel n'est pas automatiquement un salaire ou un dividende : il indique seulement la marge qui reste avant validation du mode de sortie et des obligations de la société.
L'exemple sert de méthode. Dans votre cas, remplacez chaque ligne par des montants réels et actualisez-les à chaque encaissement ou nouvelle échéance.
4. Adapter le coussin au risque réel
Deux consultants ayant le même TJM peuvent avoir des besoins très différents. Augmentez votre scénario de sécurité lorsque :
- un seul client représente presque tout le chiffre d'affaires ;
- le contrat peut être interrompu avec un préavis court ;
- le client paie à 45 ou 60 jours et les retards sont fréquents ;
- vos charges personnelles imposent une rémunération régulière ;
- vous prévoyez un achat, un congé ou une période de formation non facturée.
À l'inverse, plusieurs clients récurrents, une forte visibilité contractuelle et des dépenses flexibles réduisent le risque de rupture. Le bon indicateur est la capacité à traverser un scénario défavorable sans retarder la TVA, les cotisations ou les fournisseurs.
5. Intégrer les délais de paiement
Les délais convenus entre professionnels sont encadrés et doivent apparaître dans les documents commerciaux. Mais un délai contractuel respecté peut déjà créer un décalage important entre la prestation, la facture et l'encaissement. Votre prévisionnel doit être construit sur la date probable de paiement, pas sur la date de facture.
Suivez au minimum : montant émis, échéance, date d'encaissement observée et retard moyen par client. Lorsqu'une échéance est dépassée, appliquez une procédure graduée : rappel, relance, puis décision d'escalade. Une bonne trésorerie n'est pas un substitut au recouvrement ; elle vous donne le temps d'agir sans subir.
6. Un rituel de vingt minutes chaque semaine
- Rapprochez les encaissements réels des factures.
- Mettez à jour les dates probables des paiements attendus.
- Actualisez les réserves TVA, sociales, fiscales et fournisseurs.
- Calculez le runway du coussin avec les sorties moyennes.
- Décidez seulement ensuite d'une dépense ou d'une rémunération supplémentaire.
Ce rituel doit garder la trace de ses hypothèses. Quand une estimation change, vous devez pouvoir comprendre si la variation vient d'une facture payée, d'une charge ajoutée ou d'un risque d'intercontrat.
Questions fréquentes
Combien de mois de trésorerie faut-il garder ?
Il n'existe pas de minimum légal universel. Un scénario de trois à six mois de sorties fixes peut servir de test de résistance, mais le montant dépend surtout de la concentration client, des délais de paiement, des échéances fiscales et de votre capacité à réduire les dépenses.
La TVA collectée fait-elle partie de la trésorerie disponible ?
Non dans une lecture prudente : elle transite sur le compte mais doit être isolée selon votre régime et votre prochaine déclaration. Une partie peut être compensée par la TVA déductible ; le montant à réserver doit être actualisé.
Peut-on se verser tout le solde restant après les charges du mois ?
Ce serait risqué. Il faut aussi intégrer les échéances non mensuelles, les factures fournisseurs engagées, les régularisations, l'impôt et une marge pour les semaines non facturées.
Sources officielles
- DGCCRF — règles relatives aux délais de paiement
- Service Public Entreprendre — caractéristiques fiscales et sociales de la SASU et de l'EURL
- impots.gouv.fr — impôt sur les sociétés
Sources vérifiées le 17 août 2026. Les exemples sont des scénarios de gestion et ne constituent pas un conseil comptable, fiscal ou juridique individualisé.