Le choix du statut est souvent réduit à une formule du type « SASU pour les dividendes » ou « EURL pour payer moins de charges ». Pour un consultant IT, cette approche est trop courte. Votre TJM, le nombre de jours facturés, vos périodes d'intercontrat, votre besoin mensuel personnel et votre niveau de protection sociale changent le résultat. Voici une méthode de comparaison vérifiable, sans promettre un statut miraculeux.
1. La différence structurante : le régime social du dirigeant
Le président de SASU est assimilé salarié lorsqu'il perçoit une rémunération au titre de son mandat. Ses cotisations sont calculées et déclarées via la paie. Cette assimilation ne lui ouvre pas automatiquement des droits à l'assurance chômage : un mandat social n'est pas, à lui seul, un contrat de travail.
Le gérant associé unique d'une EURL est travailleur indépendant. Ses cotisations suivent les règles applicables aux travailleurs non salariés. Le calendrier des appels, régularisations et cotisations minimales doit donc être intégré à votre prévisionnel de trésorerie, y compris pendant une période où la mission s'arrête.
Comparer uniquement un « taux de charges » masque la contrepartie en matière de droits sociaux et la façon dont les prélèvements se répartissent dans le temps. Utilisez le comparateur officiel Mon-entreprise de l'Urssaf avec vos hypothèses, puis faites valider la lecture par votre expert-comptable.
2. Rémunération : raisonner sur douze mois, pas sur une facture
Supposons un mois facturé à 15 jours. Le chiffre d'affaires du mois n'est pas votre rémunération disponible : il faut retirer ou réserver la TVA collectée, les dépenses, les cotisations, les impôts à échéance, les factures fournisseurs et un coussin pour l'intercontrat. Le solde bancaire ne fait pas cette distinction.
Construisez trois lignes séparées dans votre pilotage :
- rémunération récurrente, c'est-à-dire le montant dont vous avez besoin pour votre budget personnel ;
- réserves obligatoires ou prévisibles, notamment TVA, charges, impôt, dépenses déjà engagées ;
- trésorerie de sécurité, destinée aux retards de paiement et aux semaines non facturées.
Le bon scénario n'est pas celui qui maximise le net sur un mois parfait. C'est celui qui reste tenable quand une facture arrive avec trois semaines de retard ou qu'une mission se termine plus tôt.
3. Dividendes : ce qu'il faut vérifier avant de les compter
Un dividende n'est ni une charge mensuelle ni un acompte librement prélevable sur le compte. Une distribution suppose un bénéfice distribuable, des comptes approuvés et une décision de l'associé. Avant cette décision, la société doit conserver de quoi régler ses dettes et ses échéances.
En SASU, les dividendes ne sont pas la rémunération du mandat social et n'ouvrent pas les mêmes droits sociaux qu'un salaire. Ils restent soumis à leur fiscalité propre. En EURL soumise à l'impôt sur les sociétés, la fraction des revenus distribués qui dépasse 10 % de la somme du capital social, des primes d'émission et du compte courant d'associé entre dans l'assiette sociale du gérant associé unique selon les règles applicables.
Une simulation honnête compare donc, à résultat économique identique, le net personnel après prélèvements, les droits sociaux associés, les frais de structure et la trésorerie restante. Elle évite de présenter le dividende comme de l'argent « sans charges ».
4. Impôt sur les sociétés : le taux ne suffit pas
Le taux normal de l'impôt sur les sociétés est de 25 %. Un taux réduit de 15 % peut s'appliquer sur une première tranche de bénéfice, actuellement jusqu'à 42 500 euros, si les conditions de chiffre d'affaires, de libération et de détention du capital sont remplies. Ce seuil porte sur le bénéfice, pas sur le chiffre d'affaires encaissé.
L'EURL détenue par une personne physique relève en principe de l'impôt sur le revenu, avec possibilité d'opter pour l'impôt sur les sociétés. La SASU est en principe soumise à l'impôt sur les sociétés et peut, sous conditions et pour une durée limitée, opter pour l'impôt sur le revenu. Le régime fiscal choisi modifie profondément la simulation : ne comparez jamais deux structures sans préciser ce point.
5. Une grille de décision adaptée au consultant IT
| Question | Pourquoi elle change le choix |
|---|---|
| Quel revenu personnel mensuel est indispensable ? | Il détermine la rémunération récurrente à sécuriser avant tout dividende. |
| Combien de jours sont réellement facturables ? | Les congés, la prospection et l'intercontrat réduisent le chiffre d'affaires annuel. |
| Quelle protection sociale recherchez-vous ? | Le coût ne s'évalue pas sans les droits et couvertures correspondants. |
| Voulez-vous accueillir un associé ou lever des fonds ? | La gouvernance et l'évolution du capital comptent au-delà de la première année. |
6. La méthode pratique en cinq étapes
- Projetez votre chiffre d'affaires avec un nombre prudent de jours facturés, pas avec 220 jours théoriques.
- Listez toutes les dépenses annuelles, y compris comptabilité, assurances, logiciels, matériel et formation.
- Définissez votre rémunération minimale et votre trésorerie de sécurité.
- Simulez SASU et EURL avec les mêmes hypothèses dans les outils officiels.
- Faites relire la simulation, les options fiscales et votre situation personnelle avant de créer ou transformer la société.
Dokta ne choisit pas votre statut et ne remplace pas un conseil professionnel. Il sert à rendre visibles les flux qui suivent la décision : factures, encaissements, réserves, dépenses et estimation du montant mobilisable.
Questions fréquentes
La SASU est-elle toujours plus avantageuse pour se verser des dividendes ?
Non. La fiscalité des dividendes n'est qu'un élément du coût total. Il faut comparer la rémunération, la protection sociale, le besoin personnel de revenu, la trésorerie et les frais de fonctionnement sur une année complète.
Le gérant associé unique d’EURL est-il salarié ?
Non. Le gérant associé unique d'une EURL relève du régime des travailleurs indépendants. Le président de SASU est assimilé salarié lorsqu'il est rémunéré, sans assurance chômage au titre de son mandat.
Peut-on décider des dividendes chaque mois ?
Non. Une distribution suppose notamment un bénéfice distribuable et une décision prise après l'approbation des comptes. Elle ne remplace pas une trésorerie mensuelle pilotée.
Sources officielles
- Service Public Entreprendre — comparaison des statuts SASU et EURL
- Service Public Entreprendre — protection sociale du président de SASU
- impots.gouv.fr — taux de l'impôt sur les sociétés
- Urssaf Mon-entreprise — comparaison des régimes sociaux
Sources vérifiées le 17 août 2026. Contenu général : la situation familiale, les autres revenus, les options fiscales et la protection recherchée nécessitent une analyse individualisée.